Les classes moyennes sont le pilier de la démocratie. Selon plusieurs données, elles sont de plus en plus malmenées et pessimistes. Un péril qui devrait alerter les décideurs politiques et économiques.
Paupérisation des classes moyennes : un danger qui guette la France
En 2026, de nombreuses enseignes naguère ultraprésentes ont déjà disparu ou sont désormais sur le point de mettre la clé sous la porte. La liste ne cesse de s’allonger mois après mois : IKKS, Jott, Princesse Tam-Tam, Comptoir des cotonniers, Kookaï, André, San Marina, Minelli, Du Pareil au même, Sergent Major, Pimkie, Esprit, Gap… Du côté des supermarchés, Casino et Géant sont également en difficulté.
Quel est le point commun entre ces marques ? Toutes sont ou ont été prisées des classes moyennes. Face à cette situation, les optimistes avancent une réponse clé en main : les fermetures seraient avant tout le fruit d’un changement de comportement de consommateurs devenus plus vertueux, plus avertis mais pas nécessairement plus pauvres. Des concurrents plus à l’écoute des attentes des clients tireraient leur épingle du jeu tandis que l’argent se réorienterait vers d’autres secteurs, notamment la restauration. Las, depuis deux ans, une centaine de cafés et restaurants ferment chaque jour dans l’Hexagone. Un chiffre historique !
Pour le dire simplement, le premium se porte bien, le low cost également. Entre les deux, en revanche, le milieu de gamme" trinque". Notre pays subit de plein fouet un phénomène connu partout en Occident : la paupérisation des classes moyennes. Les Français sont bien conscients de la situation. Une note publiée fin 2025 par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan partage des chiffres préoccupants : 73 % d’entre eux considèrent que « c’était mieux avant », un taux qui s’établit à 67 % chez les moins de 35 ans. Une majorité de citoyens anticipent désormais une dégradation de leur niveau de vie par rapport à celui de leurs parents.
Une majorité de citoyens anticipe désormais une dégradation de leur niveau de vie par rapport à celui de leurs parents. Un défi pour la démocratie
Autre nouveauté notable, les plans sociaux touchent également les profils qualifiés et les professions intermédiaires. En février, Capgemini a ainsi annoncé 2400 suppressions de postes, le haut-savoyard Somfy 250 dans son service R&D de Cluses en Haute-Savoie.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, malgré une conjoncture parfois difficile, la règle était plus ou moins écrite : chacun avait droit à consommer, à rêver plus grand. Ce temps semble aujourd’hui révolu. C’est une véritable révolution copernicienne. Longtemps, la démocratie libérale a été synonyme de prospérité, d’enrichissement général ou de promesse de jours meilleurs.
Face à un moteur grippé, les colères de la population pourraient se tourner contre ce modèle. Un péril qui devrait alerter les décideurs politiques et économiques.
Lucas Jakubowicz
