Avec 8 000 étudiants en formation initiale, plus de 45 000 professionnels de santé formés par an et une quarantaine de centres de formation, Novétude s'est imposé comme un leader de la formation privée en santé. Alors que le gouvernement annonce une baisse significative des crédits alloués aux CFA (centres de formation d’apprentis), Sami Rifai, président et cofondateur de Novétude, estime que les formateurs privés sont indispensables pour répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain.

Dans un contexte de pénurie de personnels soignants, quel rôle joue l'enseignement privé dans le maillage de la formation paramédicale ?

La France et l'Europe font face au vieillissement de leur population. Or nous ne disposons pas des infrastructures, publiques comme privées, à même d'accueillir ces seniors. Le maintien à domicile s'impose alors comme la solution privilégiée – à condition de pouvoir compter sur des professionnels de santé suffisamment nombreux et formés pour proposer, à domicile, une offre qui s'approche de la diversité et de la qualité des soins proposés à l'hôpital.

C'est pour répondre à ce besoin que l’État a, depuis 2018, favorisé l'arrivée d'acteurs privés dans le domaine de la formation et de l'apprentissage. Au-delà du volume de jeunes à former aux métiers de la santé, l'objectif était aussi de rendre ces filières plus attractives. L'adoption du système universitaire LMD participe de cette revalorisation, en ouvrant des perspectives de réorientation en cours de carrière.

L'arrivée de groupes privés permet de toucher de nouveaux profils de jeunes en leur présentant l'évolutivité et l'employabilité de ces métiers. Surtout, nos équipes ont cette capacité à accompagner les jeunes tout au long de leur formation, en lien étroit avec l'employeur chez qui ils passent, rappelons-le, la moitié de leur temps.

Quelle est l’approche de Novétude pour se démarquer des acteurs publics sur les métiers de la santé ?

Privé et public ne s'opposent pas mais sont complémentaires. Dans le secteur de la santé, les tensions sont telles sur le marché de l'emploi que le privé ne vient pas « voler » les étudiants du public ; au contraire, les filières professionnelles nous demandent de leur fournir plus de jeunes formés en paramédical.

Plus souples, les acteurs privés adressent des besoins non couverts par les structures publiques, en permettant une granularité sur les territoires où les besoins sont supérieurs à l'offre locale actuelle, ou en proposant des formations paramédicales que les CFA multi-professionnels ne peuvent tous assurer.

Quels sont les critères de qualité pour être crédible auprès des autorités de santé et des recruteurs ?

Le taux de réussite à l'examen ou l’obtention des accréditations nécessaires aux formations paramédicales sont les seuls juges de paix. Les tarifs et les contenus des programmes étant imposés de la même façon au privé comme au public, nous devons redoubler d’efforts. En plus de l’encadrement strict, nous déployons des moyens pour faire connaître ces formations, attirer et accompagner les jeunes dont les filières ont besoin. En somme, pas de dette pour l’étudiant et une employabilité à 95%, voilà ce que nous apportons au plus grand nombre. C’est le message que je m’efforce de porter pour tenter de lever cette défiance culturelle à l’égard du privé.

France compétences a acté, début avril, la baisse des NPEC pour nombre de formations en apprentissage. Quelles sont les conséquences pour les CFA et, à terme, pour les professions en santé concernées ?

C'est un mauvais signal, alors que nos filières sont en tension et qu'il faut recruter davantage. D'un montant moyen de 7 000 euros/an contre 13 000 euros/an à l'université, les NPEC dans le paramédical sont déjà parmi les plus bas. Une telle baisse – jusqu’à 20% - du niveau de prise en charge de ces formations conduira immanquablement à la fermeture de certaines d’entre elles, privant ainsi des centaines de jeunes de perspectives professionnelles au moment où le chômage repart à la hausse. Cette décision est également délétère pour des structures comme la nôtre, qui ont massivement investi et recruté pour répondre à un besoin pressant de professionnels de santé dans le futur.

La formation continue est souvent présentée comme le parent pauvre du secteur médical. Comment mieux l’encourager auprès des soignants ?

L’État et les ordres professionnels sont engagés de longue date dans le renforcement de la formation continue. La "recertification" mise en place récemment en est un aboutissement concret. Pour accompagner efficacement ce mouvement, nous devons toutefois concilier deux exigences. D’abord, simplifier et sécuriser le parcours, tant pour l’apprenant que pour l’organisme de formation. Ensuite, proposer un format attractif : du contenu en ligne adapté à une pratique nomade et ludique, combiné à des classes virtuelles, sans jamais sacrifier le présentiel, essentiel pour le partage d'expériences entre pairs.

Quelle est votre vision du "soignant de demain" ?

Nous le constatons dans nos centres de formation : au-delà des compétences acquises pendant leur cursus, les pharmaciens, opticiens ou kinésithérapeutes que nous formons ont besoin d'être accompagnés lors de la phase d'installation, qui nécessite de s'intégrer dans une communauté locale de professionnels de santé. Les carrières paramédicales sont souvent complexes à mener, surtout du point de vue financier. C'est la raison pour laquelle le fait de pouvoir s'appuyer sur une communauté humaine est si important, qu'il s'agisse de la phase d'installation ou de recréer, par exemple en zone rurale, cette collégialité interprofessionnelle qui anime le milieu hospitalier.

La question n'est donc plus tant de savoir ce que sera "le" soignant de demain que "les" soignants de demain, qui bâtiront des écosystèmes locaux, chacun dans son métier et en dialogue avec les autres métiers, au service de la santé des patients.

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