Faciliter la transmission, réduire l’impôt sur les sociétés, encourager l’export, la R&D… Il existe de multiples pistes pour dynamiser les PME. L’une d’elles n’est que rarement évoquée : encourager l’entrepreneuriat féminin.
Entrepreneuriat féminin : un levier de croissance à ne pas négliger
Publiée en début d’année, l’étude "Influence économique des entreprises dirigées par les femmes en France", réalisée par la CPME et les Alfas de l’économie, met en avant un levier d’action encore sous-exploité pour soutenir l’emploi et les recettes publiques : encourager l’entrepreneuriat féminin.
Pour le président de la CPME, Amir Reza-Tofighi, ce rapport constitue un "diagnostic lucide et pragmatique qui met en lumière une anomalie économique que notre pays ne peut plus se permettre d’ignorer : les femmes n’ont jamais autant entrepris". Pourtant, déplore-t-il, "ce dynamisme ne se traduit pas en puissance économique. Libérer le potentiel de l’entrepreneuriat féminin n’est pas une option, mais un impératif économique. C’est un des leviers de croissance les plus puissants et les plus immédiats dont dispose la France". Plongée dans la "cartographie d’un potentiel immense", pour reprendre les mots de Fariha Shah, vice-présidente de la CMPE en charge de l’entrepreneuriat des femmes.
CA, taille, création d’emplois : un gender gap
Premier enseignement, 26 % des entreprises entrant dans la catégorie des TPE, PME et ETI sont dirigées par des femmes, lesquelles sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans le grand bain. En 2024, 33 % des sociétés créées l’ont ainsi été par des femmes.
"Libérer le potentiel de l’entrepreneuriat féminin n’est pas une option, mais un impératif économique. C’est un des leviers de croissance les plus puissants et les plus immédiats dont dispose la France"
Les dirigeantes restent toutefois à la tête de structures plus petites que leurs homologues masculins. Elles ne sont que 19 % à tenir les rênes de PME et 17 % d’ETI. En restant sur le périmètre des TPE-PME-ETI, si les femmes représentent certes un peu plus d’un quart des dirigeants, elles ne "pèsent" que 14 % des emplois totaux et 12,5 % du chiffre d’affaires global. L’étude pointe également que le chiffre d’affaires moyen de leurs entreprises est 2,4 fois inférieur à celui des structures dirigées par des hommes.
Les raisons d’un clivage
La lecture du rapport permet de mieux comprendre ce qui coince. Le principal point saillant n’est pas que les patronnes soient moins nombreuses que les patrons. Le plus frappant est la différence de taille et de CA entre "boîtes masculines" et "boîtes féminines". Comment l’expliquer ?
L’idée selon laquelle une femme serait moins performante qu’un homme n’est étayée par aucune statistique, bien au contraire : "Toutes catégories confondues sur le périmètre (micro, PME, ETI), les entreprises dirigées par des femmes affichent une marge brute moyenne de 62,2 %, surpassant de +1,8 point celle des hommes (60,4 %). Leur rentabilité (EBITDA/CA) moyenne s’établit à 6,2 %, un niveau quasiment identique à celui observé chez les hommes (6,1 %)", selon le rapport.
Les auteurs soulignent que le principal facteur expliquant cet écart tient au fait que "les secteurs à forte valeur ajoutée et ayant connu une forte croissance sur dix ans (conseil, ingénierie, numérique, finance, BTP) demeurent marqués par une sous-représentation des femmes". En somme, le principal problème se situe plus en amont : les femmes demeurent encore trop peu nombreuses dans les professions scientifiques.
Deux freins principaux ont été identifiés. Le premier tient à la bureaucratie. Normes, formulaires, chausse-trappes sont si nombreux que les déjouer est chronophage. Or, les petites sociétés, où les femmes sont davantage représentées, consacrent un temps considérable à cette « paperasse ». Plus préoccupant encore, l’étude cite une étude de la Fédération bancaire française (FBF) de juillet 2025. Elle révèle qu’à chaque étape du financement, les entreprises dirigées par des femmes bénéficient d’un soutien financier inférieur à celui accordé à leurs homologues masculins, qu’il s’agisse du recours au financement ou du montant octroyé.
Au-delà de l’enjeu d’égalité, l’étude souligne également les bénéfices économiques d’un renforcement de l’entrepreneuriat féminin. C’est également un moyen efficace d’augmenter le taux d’emploi, de réduire le déficit commercial, mais aussi de faire rentrer plus d’argent dans les caisses de l’État. Si les entreprises dirigées par des femmes avaient exactement les mêmes KPI que celles pilotées par des hommes, le chiffre d’affaires additionnel serait de 221 milliards d’euros par an.
Lucas Jakubowicz

